29.11.2008
De la pub 2.0 (discussion entre deux plaies et un moribond)
En commentaire du dernier "vrai" billet de ce blog, j'ai dit que je répondrai directement par un autre billet, ce sera plus simple. Tout d'abord parce que je voudrais avant toute chose faire une petite mise au point.
Fondamentalement ce billet n'était pas une diatribe anti-pub, cette dernière est venue s'y greffer parce que je suis un brin publiphobe. Le but c'était juste de montrer qu'à mon avis l'article de CB News était relativement putassier et hypocrite, en choisissant de stigmatiser un groupe (les blogueurs qui font des billets sponsorisés) et d'occulter la logique sous-jacente au concept du billets sponsorisés celle de la publicité camouflage, ni de chercher à savoir quels étaient les chiffres côté agence de com. Y avait un boulot de fond à faire, la journaliste a choisi de faire un boulot de feignasse, parsemé de clichés et d'hypocrisie. Ceci étant dit, passons aux commentaires. A partir de maintenant je réponds à La Peste et au à Cholera (car quand ces deux là se répandent sur un blog, il vaut mieux rapidement aiguiser ses défenses). Les autres si vous pouviez changer de blog, ce qui suit est relativement intime, alors un peu de pudeur, s'il vous plaît, non je déconne.
La Peste : "Pour la pub, en fait, tu ne crois pas que, vu sous l'angle créatif bla bla bla ?"
Je vois que vous êtes taquine mademoiselle (vous permettez que je vous appelle taquine?)... mais soyons honnête, oui je me pose quand même la question. Il y a des pubs qui me font marrer, et je me souviens de certaines pubs avec Pierre Desproges (pour des pâtes si ma mémoire est bonne) (ce qu'elle n'est pas, faut bien l'avouer). Disons que je me pose la question de savoir si la pub peut être autre chose qu'une machine à décerveler qui pousse à la surconsommation. On doit sûrement pouvoir établir une distinction entre réclame et propagande, mais c'est pas gagné. De même il existe probablement des business model qui permettent une cohabitation relativement "saine" entre publicité, liberté de contenu, et gavage du lecteur/spectateur, mais là encore c'est pas gagné. En ce qui concerne le volume publicitaire, c'est pas impossible, il me semble qu'au Monde Diplomatique, tout comme à France Inter, les lecteurs et auditeurs se sont tellement plaint par moment qu'ils ont baissé la quantité de pub.
Ah ouais là je m'égare grave par rapport à ce que je voulais dire... En fait si on arrive à cantonner la pub à de la réclame, alors oui on pourra en parler sous l'angle créatif. Mais la pub est désormais devenu un média à part entière, avec des codes, des messages "subliminaux", tellement balisés par les marques que l'aspect créatif (au sens artistique) n'est pas de mise. C'est bien de la mise en forme d'un cahier des charges propagandiste savamment établie dans des agences de coms qu'il s'agit désormais.
Cholera : "moi, la pub, elle paye mon salaire alors je vais pas cracher dessus, comptez pas sur moi."
Et c'est bien dommage. Comme disait le poète (ou Pierre Carles je sais plus) Il faut parfois savoir mordre la main qui te nourrit. Je crois que déjà, à la base, ce pré-requis que tu t'imposes va fausser toute discussion sereine. Nous n'aurons pas le même point de vue, ni même a fortiori la même façon d'attaquer le problème. J'espère juste que tu comprendras mon point de vue, tout comme moi je pense bien cerner le tien.
"Le problème, à mon sens, c'est pas tellement le système. Mine de rien, il emploie des gens, du service de com de l'entreprise, à l'agence, la boite de prod, la boite de post prod, les démonstrateurs de supermarché, les graphistes, les groupes de zic (et oui...), les hotesses, les bureaux de presse etc...et les bloggueurs."
Oui. Et toutes proportions gardées, Thales aussi emploie des gens, et Eurocopter aussi, et GIAT. Le fait d'employer des gens n'est pas une justification suffisante. Si tout cela n'existait pas, quelle en serait la perte sociale? Les services de com n'existaient pas au début de l'ère industrielle, faisaient-on pour autant plus de merde ? La com n'apporte aucune valeur ajoutée sociale, elle n'a pas de justification dans sa propre existence. La com emploie des publicistes dans des agences, des démonstrateurs de supermarché... et alors ? Si les les postes n'existaient pas ils feraient autre chose. Si la pub ne rémunérait pas les artistes, ben ils vivraient autrement. Que je sache, ni Mozart, ni Les Beatles ne doivent leur oeuvre et leur renommée à de quelconques régies publicitaires. Quand les Clash ont vendu leur cul à Lewis ça a fait un foin du tonerre.. c'était bien la preuve qu'à une époque c'est la logique inverse qui prédominait. A une époque faire de la musique pour une marque c'était vendre son âme, et aujourd'hui ce serait un truc normal ?
Je tiens toutefois à prendre des pincettes à prendre des pincettes... je n'ai pas écrit qu'il FALLAIT éradiquer tout ce qui touche à la pub ou à la com (pas encore :o)), je dis juste que la justification que tu apportes pour moi, elle ne tient pas.
Un constat n'est pas la justification de ce constat.
"Le probleme dans le rapport pub-web 2.0, c'est cette manie de vouloir conjuguer Liberté, arrogance et "vendons nous au grand Kapital". Un peu d'humilité que diable!"
Oui mais en même temps, c'est typique de notre époque. On te ressasse que le "grand capital" (aka La Pub ici) c'est la garanti d'indépendance, la pluralité de l'information... La presse féminine est l'apogée de tout cela. Des catalogues publicitaires dont les rédactrices ont des vie de princesse et qui ne cessent de se prévaloir d'une totale liberté d'expression. L'arrogance et la mégalo, ça semble être des bonnes clés pour accéder au nirvana.
" A la télé, tout le monde a assimilé le fait que la pub permet de financer des programmes."
Il semble toutefois que la BBC en apporte un contre-exemple.Et Arte, aussi.
Et sérieusement, financer quels programmes ? Nos séries sont nullissimes, les émissions spécialisées sont racoleuses et tirent le niveau vers le bas..
Plus la pub est impliquée dans des émissions, et plus celles-ci sont médiocres, consensuelles et racoleuses. Et c'est logique. La logique de l'audimat quoi.
"Par ex, à la radio. Radio nova a réussi ce pari de faire digerer passage de pub et programmes pointus ss que personne n'y trouve rien à dire. Parce que c'est bien fait."
C'est possible. Je ne connais pas radio Nova (et de toute évidence nous n'avons pas les même goûts musicaux :o))
Peut-être qu'à Radio Nova les animateurs passent uniquement la musique qu'ils ont envie de passer, sans pression des annonceurs.
Ce serait un peu un cas unique, mais pourquoi pas. Une chose est sûre c'est que ce n'est pas le cas des radios "musicales", dont la programmation est entièrement verrouillée par les annonceurs. Cela rejoint d'ailleurs ce que je disais à propos de la publicité qui salit tout et dégrade tout... l'histoire des principales radios FM, avec NRJ en tête, en est l'illustration parfaite. Devenue commerciales, elles ont perdu toute saveur, toute indépendance, et finalement tout intêret. La programmation musicale ne sert que d'interlude lobotomisant entre deux pages de pubs criardes.
"Quant aux rémunérations des bloggueurs, faut peut etre les mettre en parallèle, avec le nombre de ventes que cela rapporte par bloggueur....c'est à dire pas grand chose."
Possible. Et si la journaliste de CB News avait fait son boulot, elle aurait cherché à publier les chiffres, pour une campagne donnée par exemple. Avoir les vrais chiffres est toujours très instructif ;-))
Toujours est-il qu'il ne faut pas non plus négliger le non comptabilisable ; la publicité d'ambiance. Le fait que tu prennes un impact publicitaire dans un environnement que tu affectionnes particulièrement (par exemple un blog :o)). Tu vas pas forcément cliquer de suite sur le lien, mais le jour où tu devras faire un achat tu iras choisir cette marque parce que, sans savoir pourquoi, tu la trouveras cool.
"Vous voulez qu'on parle des salaires des jeunes filles embauchées ds les agences, pour la décoration et corvéables à merci ?"
Tu veux parler de celles et ceux qu'on vire par téléphone assaisonnée d'une blague de mauvais goût ?
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