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12.10.2008

Zapata plus fort que Max Havelaar

café zappata 2.jpg


Vous n'êtes pas sans savoir (parce que vous êtes beaux à l'intérieur de vous mêmes) que Max Havelaar c'est LE label du commerce équitable. Quant tu achètes des produits logotisés Max Havelaar, tu te dis que tu fais une bonne action ; ou plutôt non, tu te dis que tu fais une action "équitable", autrement dit que tu payes le prix d'une rémunération juste du producteur qui se trouve à l'autre bout de la chaîne. Arf. C'est pas toujours le cas. Un article du Diplo, "Max Havelaar ou les ambiguïtés du commerce équitable" (septembre 2007) signalait les dérives du label.

"McDonald’s, dont on connaît la violence des pratiques sociales, propose désormais du café équitable « logotisé » Max Havelaar. Tout comme Starbucks, le leader mondial de l’« espresso bar » avec ses sept mille cinq cents points de vente répartis dans trente-quatre pays, que l’écrivaine Naomi Klein qualifie de « précurseur dans l’art moderne de l’horaire [de travail] flexible ». Accor, dont la grève des femmes de chambre a, durant de longs mois, défrayé la chronique, sert à son tour du café Max Havelaar au bar de ses hôtels. Nestlé, l’entreprise la plus boycottée par les consommateurs britanniques, revendique elle aussi son partenariat avec Max Havelaar."

Et ce n'est que la partie qui nous est visible.

"« Pour traiter directement avec les producteurs, Max Havelaar n’hésite pas à organiser la disparition des petits intermédiaires locaux, ces colporteurs qui font office de commerçants ambulants en profitant de leurs déplacements pour apporter marchandises et médicaments aux villageois les plus éloignés. Il les pousse à la faillite, pour des raisons affichées d’économie et de morale. En fait, il les a fait disparaître pour prendre leur place », s’indigne Mme Anne Brochier, animatrice d’une petite structure d’aide au développement."


Et pour en revenir à la partie qui nous intéresse, à savoir le café.. ah oui, je ne vous ai pas dit, mais ce billet est l'explication du pourquoi j'ai du me fendre de l'achat d'une cafetière. Il parle donc, essentiellement, de café.

"« Quand Rica Lewis vante les vertus équitables de ses jeans, on oublie qu’il n’y a que le coton qui est labellisé. Malongo [café certifié par Max Havelaar] fait aussi du non-équitable, la démarche n’est pas complète. C’est du marketing », reconnaît M. Michel-Edouard Leclerc."


Bref. Acheter du Malongo au lieu d'un autre, c'est se donner bonne conscience, c'est indiquer le souci que vous avez, en tant que consommateur de consommer équitable... mais dans les faits, c'est pas aussi évident.

"Vingt ans après la création de Max Havelaar, le constat de Van der Hoff est amer : « Sur le plan économique, nous nous portons un peu mieux qu’en 1988. Mais notre situation reste très précaire. Nos producteurs de café [équitable]gagnent en moyenne 2,18 euros par jour – moins que le minimum légal de 3,28 euros au Mexique », lui-même déjà très bas."



Mais bon y'a pas que Malongo dans la vie (ou plutôt y'a pas que Carrouf ou Auchan comme dealer de caféine), on trouve aussi des initiatives alternatives hors des temples de la marchandise. Je suis absolument incapable de dire comment j'ai connu l'asso "Echanges Solidaires" ; probablement par un tract récupéré dans un de ces concerts bruyant de gauchos surexcités qui organisent des soirées de soutien à un peu tout et n'importe quoi pour peu que cela soit en contestation avec le système... comme dirait l'autre, "Big Up au CCC !"

Toujours est-il que, si l'autre jour je me suis retrouvé à donner l'heure à une caissière épuisée de Carrouf, c'est parce que je venais d'aller chercher 20 paquets (ouais je fais pas exactement dans le demi-mesure) de Ssit Lequil Lum. Ssit machin, c'est quoi ça... et bien je vais vous le dire (enfin, je vais surtout repomper ce qu'en dit l'asso) :

"Ssit Lequil Lum est la dernière des coopératives zapatistes. Ce n’est pas seulement une coopérative de café : elle regroupe l’ensemble des productions de la zone avec l’objectif de répartir la production entre les communautés en fonction des besoins. Voulant aller aussi loin que possible sur le chemin de l’autonomie, elle a décidé de ne pas adhérer aux programmes officiels de certification équitable et biologique. Cependant, elle met en place une certification indépendante avec l’aide de l’ONG de San Cristóbal Desmi et de l’université indépendante de Chapingo. Une liste de critères a été établie par les cultivateurs, les techniciens en agro-écologie mais aussi les anciens des communautés, porteurs de la mémoire. Ces critères portent aussi bien sur la culture elle-même (sans produits chimiques) que sur la qualité du travail après la récolte. Des membres des communautés zapatistes ont été formés pour vérifier que chaque membre de la coopérative appliquait bien ces critères. Finalement, la certification est donnée par les autorités zapatistes. "

On est relativement loin de la machinerie Max Havelaar, quoi. Le problème c'est que, moi en bon cono faignasse, pour faire mon cawa j'utilise une machine à rondelle préformatée, et que y'avait pas ce genre d'option sur le bon de commande. Je dois donc ré-apprendre à faire le café comme les hommes des cavernes et les mexicains ; avec une cafetière. Une cafetière, cet outil barbare à la technologie antédiluvienne dont seuls quelques élus arrivent à se servir correctement (on les vénère pour ça). Désormais il en trône un exemplaire dans mon appart, et je suis relativement surpris fier d'arriver à en tirer un jus parfaitement buvable, c'est dire que le café doit être bon. Et il avait plutôt intérêt l'animal, parce que, pour aller le chercher je suis allé intra-muros (non ?? si !), dans le 11 ème, dans un lieu de perdition appelé CICP, "au deuxième sur votre gauche porte du milieu" (c'est merveilleux). Et moi pour me faire aller intra-muros, cela relève de l'exploit...
Bon alors ouala, un carton de café ça ressemble à ça.

café zappata.jpg



J'en ai déjà refilé la moitié autour de moi, parce que bon, j'aime bien le café, mais 20 paquets, j'en ai pour environ deux siècles. Et jusqu'ici personne n'est mort (par contre j'ai une furieuse envie d'aller bosser avec un sombréro, pour l'instant je lutte, mais je risque de me retrouver sous peu avec la lettre de licenciement la plus drôle de l'année).


(prochainement un communiqué de l'asso qui explique tout le bordel en détail)

Commentaires

Tu me jettes des cailloux si je dis que je bois du senseo ? (cafetière de faignasse par excellence)

Ecrit par : Vaness | 13.10.2008


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Ca me fait furieusement penser à l'époque où j'avais 100 paquets de café Mut Vitz dans ma cuisine...
Je trouve que tu n'es même pas assez virulent par rapport au commerce équitable, qui, contrairement à ce qu'on penserait, n'est pas "mieux que rien".
C'est mieux évidemment que de se faire saigner par les acheteurs du Wal Mart ou du Carrouf, mais c'est moins bien que de développer le commerce local. Le commerce équitable n'est jamais qu'une prolongation du commerce international. Consommer du café ou du sucre de canne, qu'il soit "juste" ou pas, c'est toujours demander aux pays du sud de produire ce qu'ils ne consomment pas.... ou pas à cette échelle.
A cet égard, et pour rester dans les expériences zapatistes, une petite anecdote (ou même deux) sur les Magasins du Monde Oxfam (équivalent des Artisans du Monde français je pense et qui développent donc le commerce équitable):
- il y a quelques années, des femmes d'une cooperatives d'artisanes zapatistes sont venues à BXL. On a été avec elles pour présenter leur travail chez Oxfam. Oxfam a refusé de commercialiser leur travail parce qu'il s'agissait de pièces uniques...
- il y a quelques années, le directeur des mêmes magasins du monde félicitait les femmes du Sud d'avoir fait autant d'heures supplémentaires pour pouvoir répondre à la demande des européens en manque de bonne conscience au moment de faire leurs achats de fin d'années....
Voila...
c'est dur quand même pour un lundi matin cette réflexion....

Ecrit par : Zoé | 13.10.2008


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Mouais, pas facile de s'y retrouver et de savoir le dessous des cartes.

Mais a vrai je suis a peine surprise, bien sur que les étiquettes "bonne action" c'est aussi une option marketing au milieu d'autres.

Merci pour les recherches et les infos.

Ecrit par : la sauterelle | 13.10.2008


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@vaness : oui. Mais des cailloux équitables en provenance du bagne de guantanamo.
Et sinon, non, vu que selon le princicpe de la première pierre tout ça je devrais probablement m'auto-lapider et j'ai pas très très envie. En fait.

@zoé : "Ca me fait furieusement penser à l'époque où j'avais 100 paquets de café Mut Vitz dans ma cuisine... "

Ah ouais mais tu faisais de la restauration collective ou quoi ??
Sinon, pour Mut Vitz, c'est un peu rapé en ce moment, a priori ils ont pas les autorisation pour exporter..

"Je trouve que tu n'es même pas assez virulent"
Je peux pas me permettre ;-)
Moralement je veux dire. Il y a gava de combats à mener, et si tu dois donner toute ton énergie dans TOUS les combats, tu finis par rien faire de bon. Là j'ai eu l'occasion, à coup de fréquentations cheloues :o), de commander du café zapatiste, ça m'autorise absolument pas à jouer la pasionaria du cawa. Ca existe, je transmets l'info, j'essaye d'expliquer que Max Havelaar c'est loin d'être la panacée, et que si on peut plutôt aider les initiatives coopératives, c'est quand même achement mieux. Je suis assez virulent sur myspace, disons que c'est ma tête de turc le (gros connard de facho) rupert Murdoch (et aussi la préservation de la vie privée).. enfin bref.. ce que je veux dire que trop de virulence tue la virulence, et au final je crois que le message passe pas.

"une petite anecdote (ou même deux) sur les Magasins du Monde Oxfam"

très intéressant. Tout cela pose vraiment les bonnes questions. La "grosseur" d'une entreprise (la taille critique), les méthodes, l'équilibre entre les méthodes employées et les but poursuivis (en gros entre "donner du poisson" (payer un peu plus que les autres) ou "apprendre à pecher"(développer l'économie locale))

"- il y a quelques années, le directeur des mêmes magasins du monde félicitait les femmes du Sud d'avoir fait autant d'heures supplémentaires pour pouvoir répondre à la demande des européens"
Ca, sérieux j'aurais bien aimé en retrouver la trace.. on est quand même pas loin du colonialisme là...

Ecrit par : El Gaub | 13.10.2008


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"Mouais, pas facile de s'y retrouver et de savoir le dessous des cartes."

C'est vrai.
et c'est faux :o))
Je crois que c'est vraiment une question d'habitude. Chercher toujours à rester lucide et à faire travailler son esprit critique. Ne pas s'emballer pour un oui ou pour un non, mais essayer de comprendre.
Savoir que Max havelaar c'est pas tip top c'est une chose, mais comprendre pourquoi ; c'est a dire comprendre d'où ils sont partis et pourquoi il ya eu une dérive, c'est beaucoup mieux.
Parce qu'en fait cela n'a rien d'étonnant. La marchandisation de la société est, au final, tristement répétitive.
Quand tu vois la rapacité des grandes surface, la violence avec laquelle ils traitent tout le monde (les employés, les sous-traitant, les fournisseurs)... quand tu vois apparaître des rayons "équitables", tu sais déjà que c'est pas équitable ; le dernier maillon, celui qui met le prduit en rayon lui il est TOUJOURS fortement inéquitable. A partir de là, c'est toujours la même rengaine et c'est inévitablement le producteur qui morfle.

Ecrit par : El Gaub | 13.10.2008


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@ el gaub: Il y a gava de combats à mener, et si tu dois donner toute ton énergie dans TOUS les combats, tu finis par rien faire de bon.

Tu as tout à fait raison... moi mon dada c'est le "achetons local"... et les zapatistes... qui m'ont fait naitre au monde...
Pour Mut Vitz, I know... c'est triste... mais c'est pour ça qu'il faut continuer à développer ces filières libres, pour qu'elles fassent des petits et qu'elles soient assez nombreuses que pour faire réellement le poids. L'objectif c'est que les gens arrêtent de se dire que c'est chouette d'acheter tout ça en hypermarché, mais leur donner la possibilité de l'acheter ailleurs...
Après, quand on voit les conditions d'hygiène imposées pour l'importation en Europe (et aux States, ça doit encore être pire), on comprend pourquoi les gros bouffent les petits...

Ca, sérieux j'aurais bien aimé en retrouver la trace.. on est quand même pas loin du colonialisme là...
Ca doit pouvoir se retrouver... c'était dans un quotidien belge je pense... La Libre Belgique ou Le Soir...

Ecrit par : Zoé | 14.10.2008


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Il eut été étonnant que le commerce équitable ne soit pas squatté par les marchands du temple. Depuis l'affaire Crozemarie qui détournait les fonds de l'ARC, plus rien ne m'étonne hélas !

Ecrit par : macaron | 14.10.2008


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La vision de l'intermédiaire comme un gentil petit colporteur trahit une méconnaissance des réalités de terrain. Le commerce équitable avec le label est de loin la certification socio-économique la plus exigeante dans le monde, quoiqu'en disent des personnes plus ou moins bien intentionnées. Il faut voir bien plus loin que les questions de prix: c'est une démarche de développement économique, sociale et environnementale.
Plus d'infos là: http://www.maxhavelaarfrance.org/spip.php?rubrique15

Ecrit par : Nicolas | 15.10.2008


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@ Nicolas
ou comment s'auto-justifier...
On ne dit certainement pas que le bébé est à jeter avec l'eau du bain. Tous les labels de commerce équitable ne sont évidemment pas à "jeter", mais je ne pense pas que l'on puisse s'abstenir de faire des critiques. Et je n'ai pas l'impression que le prix est le noeud de l'affaire...
Et je suis persuadée que ce sont deux visions du commerce qui s'affrontent:
Soit on s'inscrit dans un système commercial mondial et on continue à faire produire aux pays du sud des produits qu'ils ne consomment pas, ou peu (café, cacao, oranges, etc...), en grandes quantités et aux conditions qui leur sont imposées au niveau international, c'est à dire en les forçant la plupart du temps à faire plus de monoculture au détriment d'une agriculture diversifiée et respectueuse de leur milieu
ou
développer et soutenir une agriculture à petite échelle, en développant un marché local, permettant l'auto-approvisionnement du pays...
Enfin, vaste débat...
et bonjour à Solène... ;-)

Ecrit par : Zoé | 15.10.2008


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@nicolas : "La vision de l'intermédiaire comme un gentil petit colporteur trahit une méconnaissance des réalités de terrain. "

Je suis incapable de débattre de ce sujet :o)
Les extraits proviennent d'un article du diplo, et celui auquel tu fais allusion est une citation -à l'intérieur de l'article- de "Mme Anne Brochier, animatrice d’une petite structure d’aide au développement."

Donc on a deux visions qui s'opposent, mais là pour le coup je ne m'aventurerait pas à donner raison à l'un ou à l'autre.

Et tout comme Zoé, je pense que tout n'est pas à jeter, mais qu'effectivement, "ce sont deux visions du commerce qui s'affrontent".

"le label est de loin la certification socio-économique la plus exigeante dans le monde"
C'est possible. Mais si ce n'est pas suffisant pour assurer une vie décente au producteur final, si cela ne permet pas de developer durablement l'economie locale, elle a beau être la certification la plus exigeante, elle n'en reste pas moins insuffisante.

Ecrit par : ElGaub | 16.10.2008


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